La grotte des Crânes
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Diaporama: Les explorations aux Crânes 1999 - 2002
En 1955, Jacques Martini, son frère et J.-F. Vergain, au cours d'une
prospection le long des falaises de la région de Pomier, au Salève
(France), découvrent un trou souffleur d'où sort un violent courant
d'air. Ce trou obstrué nécessita de longues séances de désobstruction
avant de livrer ses secrets. Au bout de quelques week-ends de travaux,
les spéléologues se retrouvèrent dans une cavité relativement
importante pour le Salève à cette époque, la topographie cumulant 245
mètres de développement. Le sol, jonché d'ossements d'animaux divers
tels que chiens, chats, blaireaux, moutons ainsi que de crânes de
petits animaux donna son nom à la cavité, la grotte des Crânes.
Durant l'été 1999, plus de 44 ans après les premiers explorateurs,
Denis Favre et Ludovic Savoy montent repérer la grotte des Crânes. Pour
eux, il ne fait aucun doute, une désobstruction du fond serait
prometteuse.
Historique des explorations
La Grotte des Crânes a été inventée par Jacques Martini durant
l'automne 1955. Il la présente à la SSS, ainsi que la Grotte de l'Enfer
et la Grotte de la Vire, dans un article de Stalactite. La grotte des
Crânes, nommée ainsi à cause de la découverte de divers ossements de
chien, chat, mouton et blaireau, est alors une des plus belles
découvertes de la SSSG au Salève avec ses 245 m de développement.
Jacques Martini soupçonne très vite le secteur de receler un grand
réseau souterrain. Tout d'abord, personne n'y a encore prospecté et les
résurgences sont importantes pour le Mont Salève. Très vite, il repère
les endroits où cela se passe et il découvre ces trois cavités. Son
travail en Afrique du Sud l'empêchera de poursuivre ses recherches,
nous laissant le soin de continuer son travail.
Il y a plus de dix ans, la grotte de l'Enfer nous livrait alors son
secret. Puis ce fut au tour de la grotte de la Vire de nous offrir la
possibilité de faire un réseau au Salève avec la grotte de l'Enfer.
Cette jonction nous aura valu maintes séances de désobstruction. Ce fût
une joie que de pouvoir présenter cette découverte à son inventeur qui,
avec Gérald, nous firent l'honneur d'un article sur la géologie des
fonds de l'Enfer.
Maintenant,
c'est au tour de la Grotte des Crânes de nous proposer de nouvelles
opportunités. C'est dans le courant de l'été 1999 que Denis Favre et
Ludovic Savoy iront lui rendre une première visite. Tout de suite, ils
pensent qu'une désobstruction s'impose. Cependant, ce n'est que le 12
décembre 2000, suite à des pluies torrentielles rendant les cavités de
Flaine inaccessibles, que la première séance de désobstruction est
entamée. C'est après plus de vingt sorties de désobstruction que la
grotte nous livrera quelques galeries supplémentaires. La
désobstruction nous aura vu passer au travers de bien des difficultés.
Au début, ce n'était que boue. Puis, c'est la pente qui ne nous
arrangeait plus. Nous avons alors dû ruser pour éloigner le petit pipi
d'un lac qui, encore maintenant, nous remplit les gants et les bottes à
chaque passage. Puis, nous attaquons au tic-boum, non sans être passés
par de la désobstruction dans une espèce de gâteau en couches. Ces
couches sont constituées de boue et de calcite sur plusieurs niveaux
nous donnant à la fois quelque chose de relativement solide, mais
inattaquable au tic-boum. Ensuite, c'était à nouveau de la boue, puis
nous avons percé finalement au travers d'une coulée stalagmitique.
Nous sommes le 11 février 2001, alors que les préparatifs pour le
congrès nous occupent beaucoup. Nous prenons toujours le temps de
creuser au Salève... Ils sont quatre ce jour à être présent, Seb, Nat,
Sophie et Phil. Au bout de quatre heures de travail dans la boue de la
salle à Alf, ils finiront par une dernière coulée stalagmitique. C'est
alors plus de 100 m de nouvelles galeries qu'ils inventeront dans
l'euphorie d'un saint Graal mérité. Ils n'ont en fait été que trois à
effectuer cette pointe, Nat travaillait à l'amélioration du chemin
d'accès à la cavité.
Dans les sorties qui suivront, nous effectuerons quelques
désobstructions dans les Sables d'Olonne qui nous vaudront encore
quelques belles pointes. Puis, ce sera au tour des escalades dans les
deux cheminées et nous donnerons encore pas mal de coups de pelle dans
la désobstruction amont qu'on pourrait nommer le piège à mouche tant la
boue y est collante. La plus grande difficulté de toutes ces
désobstructions est qu'on arrive maintenant mouillé au fond de la
cavité et qu'en fait, la motivation diminue très vite dans ces
conditions. Surtout lorsqu'on pense aux saucisses et à la bouteille de
rouge qui nous attendent à l'extérieur. La durée des sorties fait aussi
que maintenant nous sommes obligés d'y aller le week-end alors
qu'avant, nous y allions en semaine.
Aujourd'hui, la topographie est terminée et voici venu le moment du
bilan. Ce bilan est difficile, nous avons tant donné. L'arrêt des
travaux de désobstruction semble une insulte aux possibilités que la
cavité pourrait encore nous offrir. Ce n'est pas une pensée pour les
générations futures que nous avons là, mais simplement un sentiment de
ras-le-bol, augmenté par celui d'avoir d'autres chats à fouetter. En
effet, nos objectifs sur le Salève sont nombreux et il nous semble plus
opportun de nous attaquer à d'autres cavités qui peuvent nous voir en
soirée. Nous garderons ainsi nos week-ends pour les gouffres du bassin
de Flaine ou de la vallée du Pertuis. Ce n'est pas non plus un abandon,
c'est un simple constat que les séances de désobstruction y sont de
plus en plus difficiles à programmer.
Nous avons effectué pas moins de 30 sorties dans les entrailles de la
grotte des Crânes, cavité qui s'ouvre au pied des falaises de Beaumont.
Parfois, alors que nous étions nombreux, une partie de l'équipe
effectuait des photographies de cavernicoles ou des prélèvements. Phil
a même tenté une fouille, elle n'apporta pas beaucoup de données sur la
cavité. Nous avons parfois fait quelques rencontres, avec les renards
ou les chiroptères de la région. Nous avons toujours su partager avec
ces hôtes les moments de bonheur que nous a offert ce monde du silence.
Enfin, il faut aussi admettre quelques frayeurs lorsqu'on se trouve nez
à nez avec un renard dans un boyau étroit. Frayeurs certainement
partagées par les deux cavernicoles. Le développement total de la
cavité est maintenant de 491 m pour un dénivelé total de 43 m. La
cavité a doublé de taille grâce à cette découverte (à 1 m près!).
Une grande société de spéléo peut se mesurer à la qualité et à la
quantité de ses travaux. Une chose est sûre, bien que les travaux de la
SSG soient dispersés sur bien des massifs et bien des objectifs,
l'étude d'une cavité rassemble parfois toutes les équipes et tous
viennent alors porter un ou deux bacs de boue. Le résultat nous
appartient alors à tous. Notre réussite à la grotte des Crânes est
certainement un des meilleurs exemples qui illustre ceci. Nous sommes
donc fiers aujourd'hui de vous montrer ce travail digne d'Hercule
auquel 31 spéléologues ont donné quelques gouttes de leur sueur qu'ils
soient très expérimentés, débutants ou simplement entre les deux.
Certains ne sont venus qu'une fois, deux fois ou plus de 15 fois, mais
tous ceux présents dans cette liste ont participé aux désobstructions.
Pour beaucoup, cela aura aussi été l'occasion de découvrir la
désobstruction, la topographie ou simplement l'univers de la boue.
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